Leadership : quand toucher le fond permet de rester en forme….

Je me souviens… Lors d’une formation résidentielle de cadres à haut-potentiels. Pour les valoriser, le PDG a fait l’effort de venir dîner et répondre aux questions de ses dirigeants.

L’entrevue, qui s’est bizarrement transformée en tour de table façon conférence de presse, tourne vite en bataille rangée de questions et de réponses techniques  autour du futur proche de chaque business units du groupe malmenées par la crise. La discussion est pointue, détaillée . On fait le grand écart entre un peu de stratégie et beaucoup d’opérationnel.
A chaque réponse : une fermeture de site, un abandon de produit, un plan social, un problème technique… C’est sûr, leur entreprise va ressembler à un pull en cashmere après un lavage 90°C : s’il survit à l’essorage, autant diviser la taille par 4 !  Un fatalisme de circonstance se répand dans l’assistance. 

C’est à mon tour de poser une question au big boss. Je clôture la soirée. Méga-Trac. Une goutte de sueur perle de mon aisselle vers l’élastique de ma culotte (ouf, au moins j’en ai mise une !).  Je me lance : « Monsieur, qu’est-ce qui vous a le plus épaté ces 15 derniers jours ? »

Eclat de rire général. « C’est ta question, Pilar !! » répondent en coeur quelques éminents participants.

Le big boss ne bronche pas et répond.
Il vient de visiter une usine d’un partenaire. Il m’explique le culot de 2 managers qui sont allés voir leur DG, lui ont demandé des fonds pour expérimenter et mettre au point une prestation qui solutionnait un problème technique important et qu’aucun de leurs fournisseurs actuels n’offrait. Du coup les 2 larrons ont monté une boîte, filiale de la précédente. « 8 millions d’euros de Résultat Net la première année« . Voilà ce qui l’a « épaté » récemment.
Et de nous expliquer, des trémolos dans la voix et la larme à l’oeil, que son plus grand souhait dans la vie, serait de voir ses collaborateurs venir lui soumettre des projets sur lesquels, après leur avoir fait subir l’épreuve du feu du business plan, il aimerait tellement « miser » son argent, que « capital-risker » est son deuxième prénom et que diriger une entreprise, c’est « jouer pour de vrai, et ça me rend heureux« .

Silence estomaqué.
Tous ces cadres de haut niveau n’ont plus besoin de savoir si telle usine va fermer, ou si tel produit sera développé… Leur boss, avec son look d’expert-comptable fluet et son charisme d’huître, vient de dévoiler une âme de flambeur-émerveillé sous son cerveau d’ingénieur.
J’aurais juré, à voir les regards s’allumer, que ces futurs membres de Comités de Direction s’étaient transformés en All Blacks Néo-Zélandais juste après leur HAKA : ils étaient prêts à tous les sacrifices pour lui !

Une étude récente de Matthias Mehl, un psychologue américain (University of Arizona) montre que les conversations de FOND (Qui êtes-vous vraiment, M. le PDG ?)   apportent plus de satisfaction que les simples questions de FORME (Quelle est notre stratégie à moyen termes concernant les produits X ? Combien a rapporté le circuit de distribution Y sur le marché Z ? Quels sites doit-on regrouper pour optimiser l’outil de production ?…).

Pensez-y lors de votre prochaine réunion, entretien, évaluation…  Les questions rituelles (les chiffrables, celles dont la réponses apparaît dans le tableau de bord) sont utiles, certes. Les questions profondes, qui adressent les valeurs et les motivations de nos managers (ces trucs qui creusent dans la théorie du chaos du facteur humain) sont réellement efficaces.

Et oui : ce qui rend heureux dans la vie, ça marche aussi en entreprise !

Bonne prise de conscience … et prenez soin de vous !

NB : inspiré par le post de  Converser vs. bavarder de Florence SERVAN-SCHREIBER
qui prend lui-même sa source dans : Talk Deeply, be happy ? par Roni Cary Rabin

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